Depuis son jeune âge, Édith Basseville n’a cessé de s’intéresser, au gré de ses escapades, aux « curiosités » que lui livre son environnement. Elle les consigne dans sa mémoire, les collecte, les photographie ou les dessine. Des fines nervures des calices de physalis alkékenge aux squelettes des vertébrés, en passant par les structures en fil de fer des vignes palissées et les fils barbelés qui délimitent les champs, elle est particulièrement sensible aux jeux graphiques ainsi formés. De l’infiniment petit à l’infiniment grand, ces lignes et contours fondamentaux constituent pour elle l’ossature du paysage et révèlent le squelette de notre environnement. D’autre part, elle écoute et observe l’humain dans son quotidien. Ainsi, dans ses « carnets d’observations », d’un trait, elle raconte – des corps, des attitudes, des interactions, ici, là, quelque-part – des petits instants de l’aventure humaine.
Sa recherche plastique, à plat ou en volume, prend donc appui sur l’étude attentive de ce monde vivant et non vivant pour esquisser un ensemble de formes organiques. Ces dernières sont souvent – telle des métaphores – l’évocation d’émotions captées.
Dans ses travaux, les matériaux – de récupération ou dit « pauvres » – offrant des possibilités graphiques ou d’entrelacement lui conviennent particulièrement. Trames, tissages, réseaux sont sujet à être exploités de toute leur envergure.
L’artiste s’attache aussi à expérimenter autour de techniques anciennes pour en transcender les limites conventionnelles : les sculptures sont palissées, les esquisses se gonflent en volumes, la calligraphie est sans pinceaux, les photographies découpées et tissées. Elle opère ainsi des métamorphoses. Dans ses réalisations en fil de fer, par exemple, Édith se plait à jouer sur le passage des « deux dimensions » aux « trois dimensions ». C’est en martelant, en modelant et en assemblant des fils métalliques qui se veulent imiter un croquis à la plume, avec la sensibilité de son trait, ses pleins et déliés, ou encore ses repentirs qu’elle passe du trait sur le papier à des lignes dans l’espace. Grace à ces fils aplatis, délicatement tordus ou noués, ses lignes se structurent, s’amplifient et capturent de l’air. Ainsi, elle construit des « architectures du sensible » pour lesquelles elle s’invente une écriture expressive de vie et joue avec le vide de manière inédite.
Par la ligne, elle enferme l’invisible, tout comme, par l’absence, elle signale la présence. Par le mouvement, elle fixe un instant et par le geste, elle fait durer l’éphémère.
Il émane ainsi de ses recherches, autant à travers ses dessins que ses sculptures, une impression de force et de fragilité confondues.